Rêve d'Enfant (extrait)



A toi,


J’avais envie de raconter une histoire, seulement, je suis une piètre conteuse. Je n’ai jamais lu de romans et encore moins ce dont tout le monde parle dans mon pays, les contes qui font rêver les enfants. Loin de moi l’idée de penser que je n’ai jamais été une petite fille, bien au contraire, je crois l’être encore. Alors j’ai préféré la vivre cette histoire qui me trottait dans la tête lorsque je fermais les yeux. Je l’ai vécue quelque part, là, tout près de ce que je ressentais lorsque tu effleurais mes peurs ; là où s’abstiennent les hurlements hystériques, les douleurs de crispation incontrôlées que l’on déverse négligemment lorsque l’on n’ose exprimer librement ses sentiments. Cette histoire, j’ai préféré la vivre plutôt que la retranscrire en choisissant des mots vaporeux, des symboles, des allégories issus de recueils de poésies, de livres de philosophie, même si, il y a des philosophes plus poètes que les poètes eux- mêmes. Dans mon cœur, Michel Onfray est l’un d’eux. Un homme qui me laisse songeuse. Un simple pamphlet dans ses mots prendrait la tournure d’une vérité, ôtant orgueil et médisance, une simple beauté généreuse qui ne demande rien hormis d’être écoutée.


Je suis une femme, une femme imbue quelquefois, pas pire qu’une autre, pas meilleure. Une femme à jamais rassasiée de ce doute lancinant, de ce dièse qui caresse son tympan : quel homme es-tu ? Et, par là même, quelle femme suis-je ? Tu rêvais d’un enfant. Je rêvais d’être la mère de tes enfants qui aurait rendu à ton visage le sourire, l’onctuosité, à tes larmes le rire. Étions-nous des âmes sœurs pour autant ? Ces âmes qui se comprennent en un regard, qui n’ont besoin ni de mots, ni de gestes. À l’ombre de l’apesanteur, elles décryptent l’imperceptible refrain comme si l’autre était son reflet, son alter ego, sa mélodie sans fin. Si on m’avait dit, il n’y a pas si longtemps, que les âmes sœurs existaient, je t’aurais ri au nez, digne d’une érudite qui croit tout savoir sur la réalité, digne d’une timorée qui dissimule sa vérité. Assise près de toi, j’aspire le parfum délicat qui émane de ta peau marbrée de veinules, légèrement velue, ondoyant le long de tes frêles et puissantes jointures ; le parfum d’une fleur des prés ouverte sur le sentier d’un paradis terrestre, le jardin des souvenirs.



Je n’ai plus vingt ans. Je n’ai plus l’âge de l’insouciance, celle qui animait mon orgueil d’illusions immortelles. Faiblesse passagère, avec lenteur, la fragilité de mon instinct m’enivre de sensations comme une bise tournoie avec patience, grandiose, subtil effet d’improvisation, et rompt l’énigme de ton silence, l’essence de ton sourire que tu esquisses à travers la vie, à travers le temps.

(éditions Rêve d'Enfant, 2010, Rêve d'Enfant)

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